« J’ai quarante volumes à écrire, et quarante mille choses à dire et à faire, que personne d’autre au monde ne pourra dire ni faire pour moi. »
LAURENCE STERNE, La Vie et les Opinions de Tristram Shandy
1936

Grand-père (assis) en France, guerre de 14-18
Naît à Glasgow (Écosse), côté sud du fleuve, dans le quartier mal famé des Gorbals. Père, signaleur aux chemins de fer ; grand-père, musicien, danseur, ouvrier dans une fonderie, tenancier de bar.
1939-54
Enfance et adolescence à Fairlie, sur la côte ouest de l’Écosse : mer, bois et landes. Succès scolaires, questions religieuses (études bibliques, sens du sacré), jouissances naturelles (vie physique intense). Travaille, pour les besoins de l’économie familiale, dans les fermes et sur le rivage (ramassage de coquillages pour le marché aux poissons de Londres). Étudie la géologie et l’archéologie de son territoire. Sent le vent de la culture subarctique. Lit Thoreau et Whitman.
1954-56
Études à l’université de Glasgow.
Matières principales : lettres françaises et allemandes ; matières complémentaires : lettres latines et philosophie. Dévore les bibliothèques (tous les rayons, de la théologie à la minéralogie). Se passionne pour Ovide, Rimbaud, Hölderlin, Nietzsche. Écrit pour voir mieux. Fait de longues marches à pied de Glasgow à la côte.
1956-57
À Munich, installé dans une baraque en bois au bord de l’Isar. Lit Nietzsche et Heidegger. Hiver très rude, printemps très beau.
1957-59
Reprend ses études à l’université de Glasgow. Y rencontre Marie-Claude Charlut. Reçu M.A. (magister artium) première classe en français et en allemand. Nommé meilleur étudiant de la faculté des lettres. Bourse d’études pour deux ans. Part pour Paris.
1959-60
À Paris, chambres de bonne au septième étage. Épouse Marie-Claude. S’intéresse surtout au surréalisme (Breton, Éluard, Artaud) et à des territoires connexes (Daumal, Michaux).
1961-62

A Meudon
S’installe à Meudon, où il se plonge dans la littérature russe : Biely, Dostoïevski, Gogol. Commence à travailler au manuscrit qui deviendra, avec le temps, Les Limbes incandescents. Donne des cours particuliers d’anglais pour payer son loyer. Achète, pour une bouchée de pain, Gourgounel, une vieille ferme dans la montagne ardéchoise, avec huit hectares de landes, de bois et de rochers. Un royaume d’ermite ! Y passe, avec Marie-Claude, les étés et les automnes. Manie pioche et faux. Étudie littérature et pensée orientales (bouddhisme tch’an, taoïsme). Travaille au manuscrit qui deviendra Lettres de Gourgounel.
1962-63
Lecteur d’anglais à la Sorbonne. Le club des étudiants d’anglais publie son premier livre de poèmes, qu’il intitule Wild Coal (« charbon sauvage » — terme technique désignant le charbon le plus rare, celui qui contient le plus d’énergie, souvenir de ses lectures en géologie).